Au sein de Paris (Éditions Lilou)

Au XVIIIe siècle, les Parisiennes n’allaitaient pas leurs nouveau-nés, au nombre de 20 à 22 000 par an. Les plus riches (5 % environ) les plaçaient chez des nourrices proches de Paris, plus chères. Les moins riches (5 % également) les allaitaient, signe de grande pauvreté dans la capitale, tandis que 4500 environ, légitimes ou non, arrivaient aux Enfants Trouvés de la rue Saint-Antoine. Cet hospice se chargeait de leur trouver une nourrice, située au maximum à une journée de cheval attelé, tant que faire se pouvait.
Mais comment les autres pères trouvaient-ils des nourrices, plus éloignées et moins coûteuses, pour leurs 15 à 16 000 nourrissons ? On imagine mal ces hommes arpentant la campagne avec leur nouveau-né sous le bras en quête d’une mamelle providentielle.

Description

Auteur : Christian De la Hubaudière

IBSN : 2-9510233-4-0

Editions Lilou

www.auseindeparis.fr

Au XVIIIe siècle, les Parisiennes n’allaitaient pas leurs nouveau-nés, au nombre de 20 à 22 000 par an. Les plus riches (5 % environ) les plaçaient chez des nourrices proches de Paris, plus chères. Les moins riches (5 % également) les allaitaient, signe de grande pauvreté dans la capitale, tandis que 4500 environ, légitimes ou non, arrivaient aux Enfants Trouvés de la rue Saint-Antoine. Cet hospice se chargeait de leur trouver une nourrice, située au maximum à une journée de cheval attelé, tant que faire se pouvait.
Mais comment les autres pères trouvaient-ils des nourrices, plus éloignées et moins coûteuses, pour leurs 15 à 16 000 nourrissons ? On imagine mal ces hommes arpentant la campagne avec leur nouveau-né sous le bras en quête d’une mamelle providentielle.
C’est à partir d’une organisation familiale, artisanale, individuelle, que s’est constituée au fil du siècle une administration collective pour la gestion de ces petits. Elle fut placée sous l’égide du Châtelet de Paris pour la justice, et du curé de la paroisse pour le reste : la religion, la morale, l’état civil, le suivi et les courriers aux parents, l’envoi de l’extrait mortuaire le cas échéant, l’agrément et la surveillance des nourrices et des meneurs… Car il fallait bien une surveillance exercée par un tiers neutre et respecté, pour obvier à toutes les déviances subies par des nourrissons, sources de profit, que leurs parents ne revoyaient pas avant leur retour, si tout allait bien, soit entre deux et trois ans.
Marguerite est l’une de ces 14 000 nourrices qui, chaque année, « montent à la capitale » pour en rapporter un (pas deux) petit parisien à allaiter, puis à sevrer. Quelles sont les modalités du voyage, sa durée, son coût ? Quels problèmes techniques se posent, et comment les résout-on ? A travers elle, on comprend toutes les ficelles de cette profession, devenue une « industrie du nourrisson parisien » au cours de la seconde moitié du siècle, et les règlements qu’elle suscite.
En arrière-plan, on découvre l’évolution de l’art de vivre (dont font partie les arts de la table et les châteaux de campagne), des voies de communication, des moyens de transport, qui permettent d’aller plus vite et plus loin. On voit aussi se développer une économie rurale, centrée autour du cheval et de la nourriture, et financée en grande partie par l’argent provenu du lait des nourrices, donnant des forgerons, faïenciers, charrons, bourreliers, cordonniers, charretiers, boulangers, bouchers et « chaircuitiers », épiciers…
Ce transfert de richesses de la capitale vers les provinces et des villes vers la campagne semble méconnu aujourd’hui. C’est pourtant grâce à lui que s’est construite la France rurale qui se délite peu à peu depuis cinquante ans. Grâce au lait des nourrices qui jouèrent, dans la préparation de la Révolution, un rôle non négligeable dans l’évolution des mentalités, de la morale, de la religion dont elles s’émancipèrent peu à peu. Laissez-vous guider sur ce chemin par Marguerite et ses congénères.
Au XIXe siècle, la prise de conscience des pertes importantes de nourrissons en voyage amènera l’idée de « nourrices sur lieu », allaitant dans les familles parisiennes, dont les Morvandelles ont laissé le souvenir. Mais cela sera une autre histoire !